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contribution 10 - STEWART James

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Bilan du TPIR

James STEWART

version traduite

Je souhaiterais changer de ton légèrement, et évoquer quelque chose que Lars a dit. C’est juste une anecdote.

Il a parlé de l’impact de ces procès sur les Rwandais. Vous me permettrez de partager avec vous certaines des expériences que j’ai eues lorsque j’étais procureur, au tout début du TPIR, en traitant avec des témoins qui parlaient sur ce qui s’était passé en 1994. Je me rappelle qu’après chaque session, lorsqu’ils avaient fini leur déposition, nous allions nous entretenir avec eux avant leur départ, avant leur retour. Et, au cours de ces entretiens, ce qui m’a frappé, c’était de voir combien cela les avait surpris de voir les gens qui les avaient terrifiés se retrouver ici, au prétoire.

Il me semble que je me rappelle qu’une fois, j’étais allé voir un groupe de témoins avec mes collègues, et ils nous ont dit : « Voyez vous, il y a beaucoup de mauvaises choses qui ont été dites sur le Tribunal au Rwanda, des choses très négatives, mais nous, en venant ici, nous nous rendons compte que ce n’est pas vrai. Nous voyons que les Juges nous comprennent et comprennent ce qui se passe au Rwanda. » Même si c’était un échantillon très réduit de la population, ce sont là des gens qui retournaient auprès des leurs pour leur véhiculer un message totalement différent je parle de 97 98 , un message contraire à celui qui était diffusé dans les médias et dans les radios au Rwanda.
La troisième chose que j’aimerais évoquer est quelque chose de très différent. Je me rappelle, avec certains de mes collègues, j’ai passé plusieurs heures dans la maison d’un témoin qui avait témoigné dans une de nos affaires, et je me rappelle qu’il avait fini sa déposition en disant qu’il était malade et qu’il avait la malaria. Et quelques semaines après son retour, il a été abattu juste à l’extérieur de sa concession. Est ce que c’était un crime ordinaire ou non ? Sa famille était convaincue que c’était parce qu’il était allé témoigner au TPIR qu’il avait été tué.

L’autre anecdote que je voudrais partager avec vous porte sur la protection des témoins. Je me rappelle, de retour à Kigali, devant l’hôtel Umubano, lorsque j’ai vu soudainement un des témoins qui avait déposé sous pseudonyme. Je l’ai regardé car je ne voulais pas donner des indications selon lesquelles je le connaissais. Mais à ma grande surprise, ce dernier a traversé la rué et est venu me donner une accolade. Cela, à mon sens, montre sa réaction par rapport au processus auquel il a été impliqué, son sentiment sur le travail que nous faisions au TPIR.

Et la dernière chose que je voudrais ajouter, c’est quelque chose que je ne pense pas que quelqu’un autour de cette table sait, mais que Pierre Prosper connaissait. Il se rendait régulièrement à Taba pour rendre visite au témoin qu’il avait eu à utiliser lors d’un procès. Encore une fois, quel que soit le système dont vous disposez, ce qui compte réellement, ce sont les êtres humains.

Merci.

Vincent CHETAIL

Je donne la parole à Madame Silvana Arbia. Merci beaucoup.